Je suis le sélectionneur de la Corée du Nord
Après avoir entraîné au Chili et en Bolivie, l'Espagnol Ricardo Gonzalez Dávila est devenu le nouveau sélectionneur de la Corée du Nord. Depuis Pyongyang, le coach raconte son quotidien dans le pays le plus secret et hermétique du monde.
Propos recueillis par Yann CASSEVILLE
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Pays de 25 millions d'habitants, la Corée du Nord est un régime totalitaire, à parti unique et dynastique. Les Nations Unies ont fait état de crimes contre l'humanité orchestrés par les dirigeants du régime contre leur peuple, estimé que des centaines de milliers d'opposants politiques avaient péri dans des camps de travail, quand d'autres demeurent enfermés. À la tête du Parti du Travail, a tout d’abord officié son fondateur Kim Il-Sung. À sa mort, lui a succédé son fils, Kim Jong-il. Et au décès de ce dernier, en 2011, le petit-fils Kim Jong-un. La passion commune des deux derniers leaders du pays : le basket.
Dennis Rodman est venu plusieurs fois rendre visite à Kim Jong-un à Pyongyang, la capitale, accompagné d'autres anciens basketteurs à la dérive et en quête de dollars, pour des matches d'exhibition à la gloire du dictateur. Que sait-on du basket nord-coréen ? La sélection féminine a disputé trois championnats d'Asie (1990, 2005 et 2015), contre deux pour les garçons (1991 et médaille d'argent en 1993). https://www.youtube.com/watch?v=zqcGZjhfs1U Dans le pays le plus hermétique du monde a pénétré un entraîneur espagnol. Entre novembre et décembre 2016, Ricardo Gonzalez Dávila s'est rendu en Corée du Nord diriger les sélections nationales, et devrait prolonger l'aventure en 2017. Durant son premier mois à Pyongyang, nous avons échangé de nombreux mails. Voici son témoignage. «J’ai été joueur jusqu’à mes 22 ans, notamment à Fuenlabrada en deuxième division. En parallèle, j'avais commencé dans le coaching à 18 ans, et c'était impossible de combiner joueur, coach, études. J'aimais mieux être coach, c'était une sorte de vocation. Jusqu'à il y a cinq ans, j'avais toujours entraîné en Espagne, notamment au premier niveau féminin, à l'exception de deux mois à Montevideo en Uruguay à coacher les sélections masculines. Ensuite j'ai eu l'opportunité d'entraîner au Chili. J'ai passé trois années extraordinaires, à la fois sur un plan basket et au niveau personnel. Nous avons obtenu les meilleurs résultats de l'histoire du Chili. Cette expérience m'a encouragé à continuer de travailler à l'étranger. La saison dernière, j'étais en Bolivie, au club de La Salle à Cochabamba dans l'élite masculine. C'est une très bonne compétition : avec trois Américains par équipe, ça élève le niveau. Après la saison, en août, je suis retourné chez moi avec ma femme et ma fille, à entraîner un club de jeunes jusqu'à ce que survienne la Corée du Nord. J'ai été contacté par email par le secrétaire exécutif du comité olympique nord-coréen, qui me demandait si j’étais intéressé pour venir entraîner les sélections masculine et féminine. Avant même de parler des conditions, j'ai dit oui. J’avais toujours été attiré par la possibilité d'entraîner en Asie, pour découvrir une culture et un basket totalement inconnus pour moi. J’ai dit à ma femme que l'on m'avait écrit pour partir en Corée et c'est elle qui m'a dit que c'était pour la Corée du Nord. Je n'y ai pas accordé d'importance ; pour moi, depuis le premier jour, ce n’est qu’une affaire de basket. Je n'avais pas pensé aux répercussions et à la nature de cette actualité en Espagne. Un véritable battage médiatique s’est déclenché, dix jours de folie pure : tous les quotidiens, magazines, télévisions et radios m'appelaient. C'était fou, ça m'a dépassé. Une fois l'information publiée, c'était le chaos.