Il y a vingt ans, un Français foulait pour la première fois un parquet de NBA, une ligue qui s’apparentait alors à un rêve inaccessible. Voici l’histoire, faite de détermination, d’efforts et de polémiques, d’Olivier Saint-Jean, devenu Tariq Abdul-Wahad.

 

Par Yann CASSEVILLE

Tariq Abdul-Wahad aurait dû être le héros, l’étendard du basket tricolore. Comme le premier Français à avoir mis le pied sur la lune, tant à l’époque la NBA semblait étrangère, planète lointaine. Aujourd’hui, les trois lettres font toujours briller les yeux des gosses, mais ceux-ci voient simplement la NBA comme une ligue de basket, un aboutissement. À peine sortent-ils de l’adolescence qu’ils s’imaginent la rejoindre. Se faire drafter n’a plus rien d’exceptionnel. L’an passé David Michineau (4,4 d’évaluation à Chalon), Isaïa Cordinier (en Pro B) furent appelés. Même fouler le parquet ne fait plus partie du domaine de l’extraordinaire. En 2010, Pape Sy tournait à 5,5 d’évaluation au Havre, l’année d’après il disputait les playoffs avec Atlanta.

Il y a vingt ans, le contexte était tout autre. La NBA, «c’était le Nirvana», dit Patrick Zamour, coéquipier et proche de Tariq Abdul-Wahad à Évreux. «Un autre monde», enchaîne Yann Barbitch, champion d’Europe junior en 1992 avec Abdul-Wahad. «On est une génération qui a grandi avec la NBA sur Canal. On en parlait entre nous, mais on n’avait pas de repère, de mode d’emploi, ça nous paraissait inaccessible.» Aucun Français n’avait défloré le terrain. «Ce n’était pas seulement une question de niveau, c’était aussi le regard que les Américains portaient sur nous, les Européens. Pour eux, on était de la merde. Les portes se sont un peu ouvertes grâce à Tariq», estime Fred Weis, coéquipier d’Abdul-Wahad à l’Euro 1999. «Il a ouvert la voie, clairement», confirme Jean-Pierre De Vincenzi, sélectionneur d’Abdul-Wahad à l’Euro junior puis l’Euro 99. «Mais comme il était dans un rapport assez conflictuel dans sa manière d’exposer les choses, on n’a pas saisi immédiatement la dimension de ce qu’il a fait.»

 

 

Les débuts à Versailles

Le 3 novembre 1974, naît Olivier Saint-Jean à Maisons-Alfort, en région parisienne. Il grandit à Versailles, pas la vie de château, plutôt l’école de la vie, à regarder sa mère, ancienne basketteuse, travailler dur pour ses enfants. Son premier club, c’est à Versailles justement, en benjamin puis minime, entraîné par Philippe Renaud. «Un gamin adorable et bien élevé», se souvient le formateur. «On était dans un club où des blacks, il n’y en avait pas beaucoup, et dans le contexte de la ville de Versailles, avec que des bobos, des petits blancs. Donc, quand on a un gamin comme Olivier, un pur sang, grand, puissant, ça dénote. Il avait des qualités physiques, et en même temps de souplesse, ce côté félin. Une espèce de Carl Lewis du basket !» Renaud conserve des images que «jamais» il n’oubliera. «Olivier avait soif de travail, donc il avait droit à des séances particulières, des un-contre-un. Je fais 1,80 m, 78 kilos, lui devait mesurer à peine 1,75 m. Je lui rentrais dedans, le gamin était par terre, je le relevais, il ne pleurait pas, il se remettait à défendre.»

Tous ceux qui ont côtoyé Saint-Jean/Abdul-Wahad furent frappés par sa détermination. «J’ai une anecdote qui résume la volonté qu’il avait», annonce Fred Weis. «On fait un cinq-contre-cinq à l’entraînement, il pénètre, je lui mets un contre. Et à l’impact, j’explose. Lui, il reprend le ballon et il a les cannes pour me mettre un gros dunk. Monstrueux ! Et là, il me dit : Ici, c’est pas Limoges, Fred !», raconte l’ancien pivot du CSP de 2,18 m, trente centimètres plus haut qu’Abdul-Wahad. «J’étais vexé, enervé, je me suis dit qu’il se foutait de ma gueule. En fait, non, c’est juste qu’il est tout le temps compétiteur, ça fait partie de lui.»

 

 

Il ne pensait qu’à la NBA

Le jeune Saint-Jean s’illustre rapidement, figure parmi les sélections des Yvelines puis d’Île-de-France. En 1990, à 16 ans, il prend la direction de l’ALM Évreux, dont l’équipe première évolue en Nationale 1 B (l’actuelle Pro B). À l’époque…

Retrouvez l’intégralité de cet article dans le numéro 9

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